L’Alsace du Nord confidentielle : à la découverte de trésors naturels insoupçonnés du Pays de Seltz-Lauterbourg

1 avril 2026

Le Ried de la Sauer : un labyrinthe aquatique hors du temps

Entre Seltz et Niederroedern, le Ried de la Sauer s’étend, mosaïque de bras morts, de prairies humides et d’îlots boisés. Peu connu des visiteurs, ce paysage fluviatile apparaîtrait presque comme une Alsace miniature, sauvage et foisonnante. Il s’agit d’un ried alluvial – une zone inondable naturelle formée par les crues saisonnières de la Sauer, rivière qui serpente sur près de 85 km à travers le nord du Bas-Rhin.

  • Biodiversité unique : On y observe plus de 200 espèces d’oiseaux recensées, dont le balbuzard pêcheur, le martin-pêcheur et parfois même la rare cigogne noire (source : Alsace Verte).
  • Ambiance mystérieuse : Parfois enveloppées de brumes matinales, ces prairies se parent de milliers de fleurs sauvages au printemps.
  • Insolite : Au cœur du Ried, un sentier sur caillebotis permet d’approcher les zones les plus humides sans se mouiller. Peu connu, il débute derrière la petite église de Munchhausen.

C’est aussi un pays d’histoires chuchotées : un habitant de Munchhausen se souvient que durant l’hiver 1963, les bras de la Sauer avaient gelé sur plusieurs kilomètres – rareté qui avait attiré jusque dans le Ried des patineurs venus de toutes les communes. Les anciens murmurent encore que, lors des crues printanières, le « ried se réveille » avec le retour des grenouilles et le vol des hérons.

Les anciennes gravières : lacs confidentiels et paysages inattendus

Les anciennes gravières du Pays de Seltz-Lauterbourg dessinent aujourd’hui un archipel de plans d'eau d’une limpidité surprenante, nés de l’extraction du gravier depuis les années 1960. Si la plupart de ces lacs restent inaccessibles au public, plusieurs plans d'eau offrent des lieux de promenade contemplative, hors des sentiers battus.

Tableau : Quelques gravières remarquables à explorer

Lieu Particularité Accès
Gravière de Beinheim Eaux turquoise, roselières, balbuzard pêcheur observé au printemps Boucle pédestre de 3 km autour du plan d’eau, départ parking Sud
Gravière de Lauterbourg Plage sauvage, silence préservé, point d’observation ornithologique Sentier balisé depuis le port de Lauterbourg
Gravière de Schaffhouse Accessible uniquement en vélo ou à pied, flore aquatique foisonnante Chemin de halage depuis Mothern
  • Anecdote ornithologique : A l’aube, les survols de sternes pierregarins et de gravelots font le bonheur des photographes naturalistes (source : LPO Alsace).
  • Ambiance : Le murmure de l’eau, le ballet des insectes et le parfum des saules forment ici une parenthèse hors du temps.

Certains pêcheurs locaux racontent que, dans la Gravière de Beinheim, s’ébattent encore des silures géants, dont l’un aurait atteint près de 2,10 m l’été dernier ! Quand la brume tombe sur le plan d’eau, on jurerait croiser les fantômes des anciens bateliers de la Lauter, disparus avec la fin du transport fluvial traditionnel.

La Forêt indivise de Haguenau : un massif peu fréquenté à la biodiversité insoupçonnée

À l’extrémité sud du Pays de Seltz-Lauterbourg, la forêt indivise de Haguenau coupe le souffle par sa dimension presque « primitive ». C’est la plus vaste forêt sur terrain sableux de toute la France (près de 14 000 hectares), couvrant largement le nord de Haguenau et débordant sur le territoire de Seltz (source : Département du Bas-Rhin).

  • Espèces rares : Osmonde royale (fougère géante), pic mar, chat forestier d’Europe, biche, mais aussi loutre – réapparue récemment dans les bras morts de la Moder (source : Office national des Forêts).
  • Sentier insolite : Le « sentier des Sculptures sur arbres morts » à proximité du hameau de Sternalten, où des artistes locaux métamorphosent des troncs tombés en installations poétiques.

Le promeneur attentif pourra y deviner les traces anciennes des charbonniers ou recueillir, à l’automne, des noisettes à l’écorce striée, tradition peu connue – autrefois, les enfants du village en faisaient provision pour les longues soirées d’hiver.

Le Delta de la Sauer et le "Petit Mississippi" alsacien

Le delta de la Sauer, entre Munchhausen et Seltz, s’étend sur plus de 200 hectares classés Natura 2000. On le surnomme parfois "le petit Mississippi" à cause de ses multiples bras et des méandres dessalés, écosystème exceptionnel pour la faune d'eau douce (site Natura 2000).

  • Rareté faunistique : Borteraux, libellules rares, tortue cistude d’Europe y trouvent refuge.
  • Ambiance : L’été, lorsque le soleil descend sur les roselières, l’air vibre du chant des rousserolles et du passage des cigognes.

Un photographe local, Hans, se souvient : « J’ai attendu trois étés avant de voir émerger, à l’aube, la cistude sur son îlot. Il faut apprendre la lenteur pour voir ce qui se joue ici. »

La Réserve Naturelle de la Sauer Delta : immersion dans un monde amphibie

Créée en 1997, cette réserve de 486 hectares s’étend sur l’ancien cours de la Sauer et ses prairies humides. Il ne s’agit pas d’un parc où tout serait balisé, mais plutôt d’un espace à explorer avec humilité, à pas feutrés.

  • Curiosité botanique : Les « fritillaires pintade » (Fritillaria meleagris) forment en mars-avril des tapis violacés uniques en Alsace.
  • Balade guidée : Certaines associations locales proposent des sorties pour écouter le brame du cerf ou repérer les castors, embusqués le long des berges.

La magie opère surtout au printemps, lorsque l’eau recouvre soudain les prairies : les arbres semblent flotter, des reflets liquides dessinent des mirages. Les soirs d’orage, la lumière rasante met parfois le feu aux cimes argentées des frênes.

Mothern, village de bocage et de douces énigmes

Non loin de la frontière, le village de Mothern veille sur une campagne de bocage quasiment disparue ailleurs en Alsace. Ici, à l’écart des routes pressées, on slalome entre haies vives, vergers anciens et prairies en jachère.

  • Spécificité : La présence de mares temporaires, riches en tritons et rainettes, fait de ce secteur un haut-lieu de la biodiversité agricole locale.
  • Sentier secret : Un chemin de terre part de la fontaine Saint-Wendelin, traverse la forêt, puis rejoint le fleuve Lauter au rythme du vent dans les frênes.

Ici, des habitants racontent que, lors des nuits d’août, la chouette chevêche « donne de la voix » près des vieux fruitiers, et qu’il n’est pas rare d’apercevoir un chevreuil au pied du clocher, comme un gardien discret.

Explorer autrement : sources, anecdotes et respect du territoire

Le Pays de Seltz-Lauterbourg, discret, réserve bien d’autres surprises aux curieux :

  • Le sentier botanique de Roppenheim, qui serpente entre prairies sèches et forêts alluviales.
  • Les vestiges des anciens récupérateurs de poix – ces arbres aux entailles mystérieuses, témoins d’un artisanat disparu.
  • Les petites îles sur le Rhin (accessibles uniquement lors des étiages) où campent encore quelques pêcheurs à la nuit tombée.

Ces expériences insolites sont le fruit de la patience, d’un regard attentif et d’une volonté farouche de préserver une nature fragile. Le respect de ces espaces – parfois intimes, souvent méconnus – reste la clé pour que leur magie se laisse encore approcher demain. La richesse du Pays de Seltz-Lauterbourg se révèle à qui sait ralentir, écouter et s’étonner, loin des foules, au rythme des saisons et du vivant.

Sources principales : Alsace Verte, LPO Alsace, Office National des Forêts, Département du Bas-Rhin, site Natura 2000, témoignages locaux, Parc Naturel des Vosges du Nord.

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