Les 5 randonnées incontournables pour marcheurs expérimentés
1. Le Tour de la Réserve Naturelle de la Sauer-Delta du Rhin
- Distance : environ 26 km (boucle complète)
- Difficulté : élevée (terrain humide, passages dans les secteurs inondables)
- Dénivelé cumulé : 180 m — ce qui étonne sur une zone censée être plate !
Ici, le Rhin se déploie dans toute sa puissance, charriant limons, sables et bois morts. Au printemps ou lors de crues, certains sentiers doivent être contournés : navigation à vue exigée, attention aux balisages (marques du Club Vosgien). C’est aussi le paradis des oiseaux nicheurs — on y recense plus de 180 espèces distinctes selon la LPO.
Le balisage jaune longe le Vieux Rhin, serpente dans la ripisylve et traverse de longues passerelles sur pilotis. Prévoyez de l’eau, une carte papier IGN et un GPS : les changements de tracé sont fréquents selon la météo. L’expérience devient inoubliable lorsque la brume enveloppe les saules, réveillant presque l’atmosphère des légendes rhénanes racontées par les anciens pêcheurs du secteur.
2. Sur les crêtes oubliées de la forêt de Seltz à Beinheim
- Distance : 21 km (boucle)
- Difficulté : soutenue (secteurs sableux, racines, orientation parfois délicate)
- Dénivelé positif : environ 240 m
Les anciens chemins sablonneux — vestiges des voies romaines — mènent à des points de vue confidentiels sur la vallée du Rhin. Plusieurs secteurs ne sont pas fréquentés : on marche parfois une heure sans croiser personne, juste le murmure des grands pins sylvestres et des piverts.
Un ancien du village se souvient : « Les soirs d’orage, la forêt créait des échos étranges qui nous faisaient croire au retour des druides. Il fallait bien connaître le terrain pour ne pas se perdre. » Aujourd’hui encore, l’orientation reste un vrai test, les chemins s’effaçant sous la mousse ou la fougère.
3. De Lauterbourg à Wissembourg par les hauteurs (GR 53/GRP : variante vosgienne)
- Distance : 36,5 km (tracé conseillé en 2 étapes, mais réalisable sur la journée pour les plus motivés)
- Difficulté : technique (combinant distance et gestion de l’effort sur la durée)
- Dénivelé cumulé : 520 m
Ce tronçon du mythique GR 53 longe la forêt domaniale de Lauterbourg, traverse la frontière deux fois et fait halte à Scheibenhard — un village unique, coupé en deux par la douane. Outre la performance physique, le parcours offre un effeuillage paysager : collines douces, failles granitiques, roselières, puis arrivée face aux fortifications de Wissembourg.
Le chemin, entretenu par le Club Vosgien, croise parfois d’étranges bornes (restes de l’ancienne frontière entre France, Allemagne et anciens royaumes). Chaque borne a sa petite histoire, parfois taillée de graffiti datant de l’Empire.
4. Les lacs secrets de Mothern et du Marais du Rohrschollen
- Distance : 24 km (circuit en « huit » possible)
- Difficulté : physique (boue, végétation épaisse, pistes parfois non balisées)
- Dénivelé : quasi nul, mais progression technique : 17 km sur sentiers humides
Marcher autour des plans d’eau de Mothern, c’est tutoyer la vie discrète des amphibiens et des oiseaux migrateurs. En été, certains passages sont envahis de roseaux : il faut presque forcer le chemin à la main, comme le faisaient jadis les pêcheurs qui traquaient la carpe sauvage pour les soirs de fête. Le marais du Rohrschollen, moins connu que son voisin de Strasbourg, étale sa sauvagerie : paradoxalement, la rareté d’informations sur ce secteur exaltent l’impression d’aventure.
5. Les sentiers transfrontaliers via les « Bruchs » de Neewiller
- Distance : 28 km (boucle multi-frontières)
- Difficulté : endurance (enchaînement de terrains changeants, contrôle des balisages Rando Palatinat/Club Vosgien
- Dénivelé : 300 m
Cette boucle est une expérience interculturelle autant qu’une performance. On traverse à pied trois frontières administratives sur la journée, entre l’Alsace, le Palatinat (Allemagne) et le Pays de Bade, par d’anciens sentiers d’extraction forestière. Au programme : anciennes bornes frontières, chasses silencieuses à l’aube, paysages de « bruch » (zones de transition entre la forêt sèche et les marais), où l’on croise parfois le vol bas d’une cigogne noire — plus rare que sa cousine blanche et emblème discret du secteur (observée par la LPO en 2021).
Rares sont les randonnées où l’on ressent aussi fortement la force de la frontière : on y lit dans le paysage les soubresauts de l’histoire, les bois marqués de croix et d’initiales, témoins des rattachements et séparations qui ont émaillé ce bout d’Alsace du Nord.