Marcher sur les traces de la faune sauvage : sentiers de découverte dans le Pays de Seltz-Lauterbourg

6 août 2025

Un territoire singulier, mosaïque de milieux à explorer

Nichée à l’extrême nord de l’Alsace, la bande du Pays de Seltz-Lauterbourg jouit d’une géographie exceptionnelle. Ici, les bras morts du Rhin et des rivières, les forêts inondables, les vastes roselières et les steppes sèches cohabitent sur de petites distances, créant autant de refuges pour une faune variée. Sur seulement 175 km² (source : Parc naturel régional des Vosges du Nord), ce territoire abrite plus de 210 espèces d’oiseaux recensées, 16 espèces d’amphibiens, 35 espèces de mammifères et d’innombrables insectes et papillons (Observatoire Régional de la Biodiversité Grand Est).

  • Zone Natura 2000 : Plus de 23 % du secteur est protégé dans le cadre du réseau européen Natura 2000.
  • Réserves naturelles : Les réserves de la Sauer deltaïques et de l’étang de Lauterbourg concentrent la plus grande diversité avifaunistique du Bas-Rhin.
  • Milieux emblématiques : Forêt alluviale, saussaie, marais, pelouses sèches, ripisylve rhénane… ce patchwork offre autant de balades singulières.

Partir à pied, c’est pénétrer dans ces univers mouvants, parfois fragiles, où chaque saison a ses acteurs : crapauds chanteurs dès mars, loriots d’or dès avril, biches et faons discrets à l’aube d’été. Passons en revue les plus beaux parcours à arpenter !

Entre brume et roseaux : les sentiers du Delta de la Sauer à Munchhausen

C’est sans doute le secteur le plus réputé pour l’observation animalière : le delta de la Sauer, à la jonction du Rhin, est une véritable pépinière de vie. Un entrelacs de bras d’eau, d’îles végétales et de zones inondables qui font de ce lieu un hotspot ornithologique d’envergure internationale (Ligue pour la Protection des Oiseaux).

Itinéraire phare : le sentier de la forêt alluviale de Munchhausen

  • Départ : Parking du site de la Maison de la Nature, Munchhausen
  • Boucle de 7,5 km, balisage "anneau bleu", terrain plat sans difficulté
  • Points forts : Plusieurs observatoires ornithologiques, passerelles sur pilotis, plages de gravier et tourbières

Dès les premières lueurs, le sentier s’anime : des râles d’eau fendent les massettes, l’œil peut croiser la silhouette cendrée d’un balbuzard pêcheur en halte migratoire (présence attestée chaque printemps depuis 2013). Les familles de castors, réintroduites en 1984, ont bâti depuis plus de 150 huttes dans le secteur (ONCFS).

  • De mars à septembre, on y observe jusqu'à 70 espèces d'oiseaux à la jumelle : fauvettes aquatiques, grèbes huppés, chevaliers culblancs ou parfois aigrettes garzettes.
  • Avis de passionné : Jean-Luc K., ornithologue local, recommande le crépuscule pour surprendre le martin-pêcheur, electricité turquoise filant au ras de l’eau.
  • En hiver, n’oubliez pas la longue-vue : Fuligules milouins et garrots à œil d’or abondent sur les étangs libres de glace.

Le secteur est calme hors week-ends printaniers. L’accès est libre mais il est recommandé de se munir de jumelles et de marcher en silence.

Le long du Rhin, entre saule et forêts profondes : circuit de Lauterbourg à Mothern

Proche de la frontière allemande, ce parcours suit les méandres du vieux Rhin. Les grandes forêts alluviales alternent avec les prairies humides, véritables nurseries pour la faune relativement confidentielle.

Itinéraire conseillé : la boucle du Rhin sauvage

  • Départ : Port de plaisance de Lauterbourg
  • Boucle de 12 km, balisage "anneau rouge"
  • Points d’intérêt : Passages en lisière de forêt alluviale, accès à plusieurs bras morts du Rhin, portion en surplomb sur la digue

Dès février, la forêt bruisse des parades amoureuses du pic noir, plus grand des pics européens (jusqu’à 60 cm d’envergure). Il n’est pas rare, au petit matin, d’apercevoir chevreuils et lièvres bruns à la lisière, tandis que la cigogne noire — plus discrète que sa cousine blanche — fréquente en automne les grands saules pleureurs (source : Conservatoire d’espaces naturels d’Alsace).

  • En fin d’été, ouvrez l’œil pour repérer la rainette arboricole perchée, presque invisible, sur les feuilles de peupliers tremblants : un joyau vert pomme de 4 cm seulement.
  • À l’automne, la zone devient stratégique lors des migrations : vanneaux huppés et bécassines des marais investissent les prairies fauchées.

Petit secret d’habitué : lors des crues printanières, cherchez l’empreinte en étoile du blaireau ou la trace du sanglier dans la boue sur les abords les plus reculés du circuit.

Les collines sèches et forêts du Hattenois : où la faune du bocage surprend

Moins connue des visiteurs, la zone du Hattenois (autour de Hatten et Seebach) offre une tout autre biodiversité, plus liée aux cultures, aux bosquets et aux landes sèches. Ici, le promeneur attentif peut observer une faune typiquement alsacienne, mais aussi plusieurs espèces protégées.

Parcours découverte : entre haies vives et vieux vergers

  • Départ : Parking église Saint-Michel, Hatten
  • Boucle de 6 km, balisage "disque jaune"
  • Spécificités : alternance de sentiers forestiers, traversées de vergers et de zones de friches totales

C’est l’un des meilleurs endroits du Pays pour l’observation du hérisson d’Europe et du lérot (fouine dormeuse typique du nord-est), qui profitent des haies riches en baies où s’alimenter à la tombée de la nuit.

  • Ainsi, plus de 24 espèces de chauves-souris fréquentent la zone (source : Groupe Chiroptères d’Alsace).
  • Le milan royal, rapace remarquable par son envergure et la forme "fourchue" de sa queue, survole volontiers les champs entre avril et septembre.
  • Au mois de mai, plusieurs orchis et orchidées sauvages colorent les lisières, abritant quantité de papillons, dont le rare Machaon et la belle-dame migratrice.

Loin du tumulte, ce sentier pimente sa balade d’un zeste de nostalgie agricole, d’odeurs de foin, et souvent du martèlement lointain d’un pivert dans le vieux poirier d’un verger.

Conseils pratiques pour une randonnée “faune-friendly” réussie

  • Préférer les heures calmes : à l’aube ou au crépuscule, la faune est plus active. Le silence et la discrétion sont des alliés précieux.
  • Observer sans déranger : rester sur les sentiers balisés, utiliser jumelles et longues-vues, ne jamais tenter d’approcher ou de nourrir les animaux.
  • Respecter les périodes sensibles : du 15 mars au 15 juillet, période de nidification au sol ou sur les îlots.
  • Se documenter : plusieurs associations locales proposent des sorties découvertes ou des guides d’identification à glisser dans la poche (Maison de la Nature de Munchhausen, LPO Alsace, Syndicat Mixte de la Région de Seltz-Lauterbourg).
  • S’équiper : jumelles, appareil photo à longue focale (si passionnés), sac étanche pour franchir les passages humides, et carte IGN 3814ET.

Pour les familles, certaines boucles sont adaptées aux enfants et agrémentées de panneaux pédagogiques (Maison de la Nature). La présence de moustiques en été justifie un minimum de préparation : vêtements couvrants, répulsif.

Regards partagés : paroles d’observateurs du territoire

Surpris, émerveillés, parfois frustrés face à la fugacité d’une apparition… Les passionnés locaux livrent, au fil des rencontres, leurs conseils et anecdotes. Paul G., garde-rivière depuis 17 ans, se souvient :

« L’hiver dernier, après une crue, j’ai vu un renard baigner ses trois pattes blessées dans une flaque chaude de soleil. Il n’a pas fui, juste observé calmement la rivière. Ça, c’est la magie du delta, le partage éphémère d’une frontière entre nos mondes. »

Françoise B., photographe amateur, recommande la boucle de la Vieille-Prée près de Seltz : « C’est là que j’ai surpris un groupe de chevreuils, à la sortie d’un orage, dans une lumière d’argent. Parfois, il suffit de s’asseoir et d’attendre. »

Explorer plus loin : s’initier et contribuer à la protection de la faune

  • Participer à une sortie guidée : Des associations (LPO, PNR Vosges du Nord) organisent régulièrement des balades à thème (castors, amphibiens, oiseaux migrateurs).
  • Contribuer aux sciences citoyennes : Grâce aux applications Vigie-Nature ou Faune Alsace, signalez vos observations et aidez ainsi au suivi des espèces.
  • Sensibiliser autour de soi : Partager ses photos, discussions et coups de cœur, c’est aussi défendre un mode de découverte respectueux et émerveillé.

Le Pays de Seltz-Lauterbourg, loin de n’offrir que la carte postale des cigognes, est un trésor de diversité cachée aux promeneurs patients. Prendre le temps de chausser les sentiers — ici plus qu’ailleurs —, c’est renouer avec la tendresse d’une nature préservée, d’une Alsace du Nord authentique, saisissante, vibrante. À chacun d’oser le pas curieux pour percer les secrets de ces mondes à portée de main, entre terre, eau et feuillage.

Sources : Parc naturel régional des Vosges du Nord, Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), ONCFS, Observatoire Régional de la Biodiversité Grand Est, Conservatoire d’espaces naturels d’Alsace, Maison de la Nature de Munchhausen, Groupe Chiroptères Alsace.

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