Balades en mémoire : explorer l’Histoire des conflits du XXe siècle dans le Pays de Seltz-Lauterbourg

19 juin 2026

Un territoire de frontières, de conflits et de souvenirs

Le Pays de Seltz-Lauterbourg est traversé par la mémoire des conflits qui ont marqué le XXe siècle. Terre de frontière, longtemps disputée entre la France et l’Allemagne, il garde les traces profondes de la Première et, surtout, de la Seconde Guerre mondiale. Fortifications, sites de combats, monuments commémoratifs : le paysage s’imprègne de ces marques, discrètes ou monumentales.

Ce sont des lieux à voir, mais aussi à ressentir. Certains ne figurent sur aucun panneau touristique. Ils vivent parfois dans le souvenir d’un habitant, dans des anecdotes transmises d’une génération à l’autre, ou dans l’humilité d’une pierre tombale perdue au cœur d’un cimetière. Voici une sélection de lieux de mémoire, à parcourir pour comprendre et, parfois, pour honorer.

Les vestiges de la Ligne Maginot : immersion dans la fortification

Difficile d’évoquer la mémoire militaire du Pays de Seltz-Lauterbourg sans parler de la Ligne Maginot. Plus qu’une simple œuvre de béton, elle incarne toute la stratégie de défense française après la Première Guerre mondiale. C’est aussi un symbole de cette drôle de guerre, parfois moquée, souvent incomprise, mais intimement liée au destin local.

Le Fort de Schoenenbourg : un géant sous la terre

  • Localisation : À 20 minutes à l’ouest de Lauterbourg, non loin de la commune d’Hunspach.
  • Historique : Construit entre 1931 et 1935, c’est l’un des plus grands ouvrages visitables de la Ligne Maginot. En 1940, il subit un siège intense : plus de 17 000 obus allemands se sont abattus sur ses coupoles et ses casemates sans parvenir à le réduire.
  • Visite : En parcourant les 3 kilomètres de galeries souterraines lors d’une visite commentée, on sent le souffle de l’Histoire : couchettes d’époque alignées, cuisine, salle des machines, bloc de combat… L’humidité, la pénombre, l’odeur métallique rappellent ce que 600 soldats ont enduré ici pendant la Drôle de Guerre.

Anecdote recueillie de la part de M. Stein, passionné local : « Mon grand-père racontait avoir entendu le sol vibrer dans sa maison d’Hunspach, chaque fois qu’un obus tombait sur le fort. Pour nous, enfants, c’était une légende, jusqu’à ce qu’un jour on trouve des éclats de métal dans le potager. »

Plus d’informations sur le site ligne-maginot.com.

Les petits ouvrages et casemates : témoins silencieux

  • Ouvrage du Hochwald : Complexe imposant dont la visite (sur réservation) offre un panorama complet sur la stratégie défensive de la région. Sa centrale électrique et ses tunnels desservaient plusieurs blocs de combat.
  • Casemate Rieffel à Seltz : Casemate restaurée, accessible ponctuellement lors de portes ouvertes, elle permet de toucher du doigt l’organisation quotidienne des soldats… et d’explorer le rôle souvent oublié du tout-venant local.
  • Balade “sur le fil de la frontière” : De nombreuses balades balisées croisent blockhaus discrets ou abris d’infanterie, souvent cachés sous la végétation. Chaque vestige a son histoire : celui dont la porte fut soudainement murée, celui où les enfants du village jouaient aux soldats après la guerre…
Nom du site Type Période accessible
Fort de Schoenenbourg Ouvrage majeur Mars à novembre
Ouvrage du Hochwald Gros ouvrage/artillerie Sur réservation
Casemate Rieffel de Seltz Petite casemate Journées du patrimoine, événements

Nécropoles et cimetières militaires : la mémoire des hommes

Le XXe siècle a laissé, hélas, son lot de tombes anonymes ou de stèles collectives. Dans la plaine de Seltz-Lauterbourg, on trouve plusieurs nécropoles et monuments consacrés aux soldats tombés sur ce front oublié.

La Nécropole nationale de Seltz

  • Situation : Située en sortie sud de Seltz, le long de la route départementale.
  • Chiffres clés : Elle regroupe près de 1 000 tombes de soldats français, pour la plupart morts lors de la bataille des frontières en 1940, mais aussi de la Première Guerre (source : Mémoire des Hommes).
  • Particularité : Beaucoup de sépultures portent la mention « Inconnu », rappel du chaos des combats. Une stèle rappelle aussi la mémoire des prisonniers de guerre.

Le lieu frappe par son calme et l’alignement parfait des croix. Peu de visiteurs quotidiennement, sauf à la Toussaint ou lors des cérémonies du 8 mai. On y croise parfois des familles à la recherche d’un nom de soldat, carnet jauni à la main.

Cimetière militaire allemand de Lauterbourg

  • Localisation : Rue de la gare, Lauterbourg. Accessible discrètement derrière le cimetière communal.
  • Histoire : Inauguré après 1945, il regroupe plusieurs centaines de tombes de soldats allemands tombés lors des combats de l’hiver 1944-1945.
  • Anecdote : Les pierres tombales sont toutes identiques, portant souvent deux ou trois noms. Certaines familles allemandes traversent encore aujourd’hui le Rhin pour venir s'y recueillir, signal d’une mémoire partagée, parfois douloureuse.

Pour en savoir plus : Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge.

Stèles, monuments et lieux de souvenirs collectifs

À côté des grands lieux, le territoire du Pays de Seltz-Lauterbourg regorge de monuments moins connus, parfois modestes, mais essentiels pour la mémoire des habitants et l'identité locale.

Monuments aux morts des villages du territoire

  • Chaque village – de Mothern à Salmbach, de Munchhausen à Niederlauterbach – possède son monument aux morts. Parfois érigé au cœur du village, parfois en lisière de forêt, ils portent la trace de plusieurs guerres.
  • La plupart des stèles ajoutent, en bas des listes de noms de la Grande Guerre, ceux de 1939-1945. Sur certains monuments, on trouve aussi des plaques rappelant la "Malgré-nous" alsacienne, ces incorporés de force dans la Wehrmacht.
  • À Schleithal, le monument commémoratif rend hommage à plusieurs résistants arrêtés lors de l’occupation allemande, un fait moins souvent évoqué mais important dans la mémoire régionale.

Une promenade à pied ou à vélo devient souvent prétexte à une halte silencieuse, le temps de déchiffrer un patronyme, de deviner une famille endeuillée ou de sentir le poids du passé.

Les traces du quotidien en temps de guerre

Parmi les découvertes marquantes à faire dans le Pays de Seltz-Lauterbourg figurent des lieux plus intimes, reflets d’une vie bouleversée par le conflit.

  • Anciennes écoles évacuées, fermes réquisitionnées : Certaines maisons portent encore, sur leur façade ou leur porche, traces d'inscriptions datant de 1940 (numéro d’évacuation, noms de famille allemands, anciens panneaux bilingues…).
  • Bunkers de plain-pied, anciennement intégrés à des fermes, souvent visibles entre Wintzenbach et Neewiller-près-Lauterbourg – parfois utilisés aujourd’hui comme abris à outils ou cabanes…
  • Des caves, des souterrains privés ont longtemps servi d’abris. Plusieurs habitants évoquent encore avec émotion le souvenir d’avoir passé des heures dans l’obscurité, à écouter la radio interdite ou à consigner des événements dans un cahier d’écolier.

Rencontré sur place, un passionné, Jacques, collectionneur local, résume : « On trouve dans certains greniers des boîtes de biscuits “US Army” jamais ouvertes depuis 1945, des lettres échangées sous censure, des médailles retrouvées dans du vieux linge. »

Un territoire d’écoute, d’archives et de transmission

Pour qui veut aller plus loin que la simple visite, il existe des ressources à consulter localement :

  • L’Espace Mémoire de Lauterbourg : Ce musée associatif (ouvert sur rendez-vous) collectionne uniformes, objets retrouvés et témoignages oraux des anciens combattants locaux.
  • Les archives municipales : À Seltz et Lauterbourg, elles contiennent des journaux d’époque, des listes d’évacués, ou encore des lettres de Poilus expatriés, précieuses pour reconstituer la vie quotidienne.
  • Balades guidées du Syndicat d’Initiative : Des visites thématiques sur la guerre 39-45 sont organisées notamment à Seltz et à Mothern chaque automne. L’occasion d’écouter ceux qui transmettent, en toute simplicité, la petite histoire dans la grande.

Enfin, mentionnons la richesse des entretiens réalisés dans le cadre de projets mémoriels locaux (comme ceux menés par l’association « Mémoire et Patrimoine »), qui constituent de précieuses archives orales du vécu de la population et de l’impact de la guerre sur le quotidien.

Une mémoire en partage : balades, émotion et transmission

Les lieux de mémoire du Pays de Seltz-Lauterbourg ne sont pas seulement des destinations à inscrire sur une carte. Ce sont autant de points d’ancrage pour comprendre, transmettre et, parfois, apaiser les blessures anciennes. De la majesté du fort de Schoenenbourg aux humbles croix oubliées sur une stèle de village, chaque site invite à (re)penser la paix, l’Histoire, et la force d’un territoire qui a su surmonter les fractures du siècle passé.

Explorer ces lieux, c’est marcher sur les pas de ceux qui ont vécu l’indicible, osé la résistance, ou simplement rêvé à la fin des combats. À chacun de tracer son chemin dans cette mémoire vivante, à la fois tragique, discrète et toujours vibrante entre Rhin, champs et forêts d’Alsace du Nord.

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