Explorer les bras cachés du Rhin près de Seltz-Lauterbourg : immersion dans un paysage inattendu

7 avril 2026

Un labyrinthe d’eaux et de forêts : le Rhin qui surprend

Aux confins de l’Alsace du Nord, le fleuve Rhin n’est pas seulement une frontière ou un axe de navigation. Entre Seltz et Lauterbourg, il façonne un dédale de bras, d’îles et de forêts alluviales, où la nature se donne en spectacle loin du tumulte touristique. Ces bras du Rhin, tantôt larges, tantôt discrets, recèlent des paysages souvent méconnus, parfois oubliés, et pourtant d’une richesse vibrante. On les devine sur la carte, ces veines d’eau sinuant dans les forêts, drainant des histoires d’hommes, d’animaux et de frontières mouvantes.

C’est un territoire qui évolue à la frontière de deux mondes : celui du grand Rhin canalisé, imposant et industrialisé, et celui du Vieux Rhin ou “Altrhein”, beaucoup plus sauvage, traversant forêts et zones humides classées Natura 2000. Les bras secondaires, peu fréquentés, offrent alors un spectacle vivifiant pour qui sait prendre le temps de s’y aventurer.

Quelques chiffres pour mieux comprendre le Rhin alsacien

  • Environ 40% : C’est la proportion du Rhin qui serpente en France à travers le Bas-Rhin (INSEE / Région Grand Est).
  • 7 bras secondaires recensés autour de Seltz et Lauterbourg (WWF, étude sur la continuité écologique du Rhin, 2022).
  • Plus de 20 km de sentiers balisés en zones alluviales préservées entre Munchhausen, Seltz et Mothern (Parc Naturel des Vosges du Nord).
  • Des espèces emblématiques : cigogne noire, balbuzard pêcheur, tortue cistude d’Europe et castor sont signalés ponctuellement sur ces sites, témoignant de la bonne santé écologique de ces bras.

Des bras du Rhin discrets, à la beauté inédite

Ignorés par la plupart des visiteurs qui filent vers la frontière ou les grandes maisons à colombages, ces espaces sont des havres de quiétude où le mot “faune” prend tout son sens. Trois secteurs méritent d’être mentionnés pour leur caractère surprenant, leur accessibilité relative et leur ambiance unique.

1. Le Vieux Rhin de Munchhausen : cœur de la forêt alluviale

Le Vieux Rhin – ou “Altrhein” – s’étire paresseusement à l’est de Seltz, le long de la Réserve Naturelle de la forêt de Lauterbourg. Ce bras originel, préservé d’aménagements lourds, offre un paysage de bras morts, d’îles boisées et de plages de graviers réfugiées sous les frondaisons.

  • L’atmosphère : Un silence ponctué par le cri du pic noir ou le plongeon de la loutre (récente réinstallation confirmée par l’ONF, 2023).
  • Les points de départ : Le port de plaisance de Seltz, ou les parkings de la Réserve. Quelques pontons en bois, peu de promeneurs : la sérénité domine.
  • À ne pas manquer :
    • Les prairies alluviales, tapissées au printemps d’iris jaunes (Iris pseudacorus), véritables “mers” de fleurs.
    • Le ballet rare du balbuzard pêcheur, nicheur ponctuel depuis 2015 (LPO Alsace).
    • Les troncs moussus, refuges pour insectes rares, dont la lucane cerf-volant.

Anecdote locale : Les pêcheurs de Munchhausen racontent qu’on y voit parfois l’ombre d’un esturgeon, souvenir vivant de la migration disparue au XIXe siècle, que les espoirs de réintroduction font renaître (Réseau Rhin Vivant).

2. Le bras mort de Mothern : immersion et secret

À l’écart des routes principales, le bras mort ou “Altwasser” de Mothern serpente dans un entrelacs de roseaux et d’aulnes, accessible depuis le charmant village en suivant à pied la digue vers la frontière.

  • L’atmosphère : Ici, la brume matinale s’accroche à l’eau noire, conférant une dimension quasi mystique aux lieux.
  • Ce qu’on y voit :
    • Des hérons, souvent blottis sur des troncs submergés.
    • Une mosaïque de libellules et papillons, dont la rare “Lucine” (Hamearis lucina), spot reconnu des entomologistes (Source : Observatoire de la Biodiversité en Alsace, 2023).
    • Une étonnante quiétude : on y croise plus souvent un chevreuil qu’un homme.
  • Les accès : Quelques chemins, non bitumés, parfois humides en fin d’hiver. Prévoir des bottes pour préserver la zone… et ses pieds !

Un photographe local, Yannick G., se souvient d’avoir surpris au crépuscule “un vol de cigognes, glissant au ras de l’eau, dans le reflet des nuages : le genre de moment qui donne envie de revenir toute l’année.”

3. Les bras frontaliers de Lauterbourg : entre France et Allemagne

Plus au nord, la zone comprise entre la Petite Lauter et le Vieux Rhin marque la limite entre deux pays et deux modes de gestion du paysage. D’un côté, des peupleraies exploitées, de l’autre, des sites laissés en évolution libre – la nature y décide elle-même de la forme du rivage.

  • Points d’intérêt majeurs :
    • L’île du Rohrschollen : zone encore régulièrement inondée lors des crues contrôlées, accessible en kayak (accompagné, auprès de clubs locaux).
    • Le sentier du balisage transfrontalier : panneaux bilingues, alternance de forêts et de zones ouvertes, rare passage de promeneurs.
    • Histoire : au détour du chemin, on aperçoit parfois les ruines d’anciennes installations de douaniers et de contrebandiers, vestiges de la “petite frontière” (cf. Archives départementales du Bas-Rhin, dossier Lauterbourg, 1952).

Entre légendes de contrebande de tabac et mémoire de disputes territoriales, ces bras portent en creux les frontières mouvantes de la région.

Savourez la richesse des bras du Rhin, côté nature

Bras du Rhin Quelque chose d’inédit à voir Accès / Sentiers
Vieux Rhin (Munchhausen) Pointe d’observation ornithologique pour balbuzards / Îles sauvages Départ port de Seltz ou parking Réserve naturelle
Braunwasser (Mothern) Faune discrète (castor, lucane), orchidées en mai Chemins de halage à pied (Mothern direction nord-est)
Petite Lauter - Rohrschollen Forêt inondée, ruines douanières, zone kayak sauvage Sentier transfrontalier, accès restreint hors batellerie

Diversité, richesse et fragilité : les défis d’un territoire à part

La plupart de ces bras du Rhin sont aujourd’hui classés au sein du réseau Natura 2000, témoignant de leur importance pour le maintien de la biodiversité européenne (Natura 2000). Pourtant, ils subissent toujours les effets des anciennes rectifications du fleuve, de l’introduction d’espèces exotiques invasives (comme la tortue de Floride ou la jussie rampante) et de la fréquentation croissante à certaines périodes.

Des initiatives locales voient le jour pour limiter leur impact :

  • Panneaux éducatifs installés sur les chemins principaux de la Réserve de Munchhausen (2022), pour sensibiliser à la rareté de la cistude et du milan noir.
  • Projets participatifs de nettoyage de rives sur les bras de Mothern – une quarantaine de bénévoles chaque printemps, selon la commune.
  • Itinéraires balisés co-construits avec les associations halieutiques pour préserver les zones de frayère – exemple de la “carte aux nénuphars” partagée à l’office de tourisme de Seltz (2023).

Ce sont donc des paysages étonnants, mais aussi fragiles : la meilleure façon de les découvrir reste la marche douce, le respect du silence, et la capacité à s’émerveiller des petites choses.

Pour aller plus loin : suggestions d’expériences authentiques

  • Parcourir le sentier “Grüner Weg” de Lauterbourg à Neulauterbourg, à pied ou à vélo, en alternant rives françaises et allemandes.
  • Observer le lever du soleil sur le grand bras du Vieux Rhin à Munchhausen, au printemps : l’une des rares occasions de surprendre une forêt inondée dans une lumière dorée, selon les guides naturalistes locaux.
  • Emmener des jumelles et un carnet de notes — de nombreux passionnés participent au suivi participatif des espèces rares sur le secteur (cf. “Atlas des oiseaux nicheurs d’Alsace du Nord”, collectif LPO, 2021).
  • Participer à une balade guidée à thème (parfois proposée par la Réserve ou l’office de tourisme de Seltz) pour découvrir l’histoire secrète des bras morts et pratiquer une reconnaissance des arbres en forêt alluviale.

S’aventurer sur ces bras secondaires du Rhin, c’est découvrir une Alsace du Nord à contre-courant : intime, surprenante, vibrante d’histoires et de chants d’oiseaux. À chaque détour, loin du bruit, un territoire profond se révèle, façonné par l’eau, les hommes et la patience de la nature.

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