Des bras du Rhin discrets, à la beauté inédite
Ignorés par la plupart des visiteurs qui filent vers la frontière ou les grandes maisons à colombages, ces espaces sont des havres de quiétude où le mot “faune” prend tout son sens. Trois secteurs méritent d’être mentionnés pour leur caractère surprenant, leur accessibilité relative et leur ambiance unique.
1. Le Vieux Rhin de Munchhausen : cœur de la forêt alluviale
Le Vieux Rhin – ou “Altrhein” – s’étire paresseusement à l’est de Seltz, le long de la Réserve Naturelle de la forêt de Lauterbourg. Ce bras originel, préservé d’aménagements lourds, offre un paysage de bras morts, d’îles boisées et de plages de graviers réfugiées sous les frondaisons.
- L’atmosphère : Un silence ponctué par le cri du pic noir ou le plongeon de la loutre (récente réinstallation confirmée par l’ONF, 2023).
- Les points de départ : Le port de plaisance de Seltz, ou les parkings de la Réserve. Quelques pontons en bois, peu de promeneurs : la sérénité domine.
- À ne pas manquer :
- Les prairies alluviales, tapissées au printemps d’iris jaunes (Iris pseudacorus), véritables “mers” de fleurs.
- Le ballet rare du balbuzard pêcheur, nicheur ponctuel depuis 2015 (LPO Alsace).
- Les troncs moussus, refuges pour insectes rares, dont la lucane cerf-volant.
Anecdote locale : Les pêcheurs de Munchhausen racontent qu’on y voit parfois l’ombre d’un esturgeon, souvenir vivant de la migration disparue au XIXe siècle, que les espoirs de réintroduction font renaître (Réseau Rhin Vivant).
2. Le bras mort de Mothern : immersion et secret
À l’écart des routes principales, le bras mort ou “Altwasser” de Mothern serpente dans un entrelacs de roseaux et d’aulnes, accessible depuis le charmant village en suivant à pied la digue vers la frontière.
- L’atmosphère : Ici, la brume matinale s’accroche à l’eau noire, conférant une dimension quasi mystique aux lieux.
- Ce qu’on y voit :
- Des hérons, souvent blottis sur des troncs submergés.
- Une mosaïque de libellules et papillons, dont la rare “Lucine” (Hamearis lucina), spot reconnu des entomologistes (Source : Observatoire de la Biodiversité en Alsace, 2023).
- Une étonnante quiétude : on y croise plus souvent un chevreuil qu’un homme.
- Les accès : Quelques chemins, non bitumés, parfois humides en fin d’hiver. Prévoir des bottes pour préserver la zone… et ses pieds !
Un photographe local, Yannick G., se souvient d’avoir surpris au crépuscule “un vol de cigognes, glissant au ras de l’eau, dans le reflet des nuages : le genre de moment qui donne envie de revenir toute l’année.”
3. Les bras frontaliers de Lauterbourg : entre France et Allemagne
Plus au nord, la zone comprise entre la Petite Lauter et le Vieux Rhin marque la limite entre deux pays et deux modes de gestion du paysage. D’un côté, des peupleraies exploitées, de l’autre, des sites laissés en évolution libre – la nature y décide elle-même de la forme du rivage.
- Points d’intérêt majeurs :
- L’île du Rohrschollen : zone encore régulièrement inondée lors des crues contrôlées, accessible en kayak (accompagné, auprès de clubs locaux).
- Le sentier du balisage transfrontalier : panneaux bilingues, alternance de forêts et de zones ouvertes, rare passage de promeneurs.
- Histoire : au détour du chemin, on aperçoit parfois les ruines d’anciennes installations de douaniers et de contrebandiers, vestiges de la “petite frontière” (cf. Archives départementales du Bas-Rhin, dossier Lauterbourg, 1952).
Entre légendes de contrebande de tabac et mémoire de disputes territoriales, ces bras portent en creux les frontières mouvantes de la région.