Secrets sylvestres : Immersion dans les forêts mystérieuses du nord de l’Alsace

4 avril 2026

Une région de forêts : patrimoine et nature mêlés

Le nord de l’Alsace compte parmi les plus grandes entités forestières de France, avec près de 60% du Pays de Seltz-Lauterbourg occupé par des massifs boisés (source : ONF). Ces forêts couvrent plus de 120 km2 rien qu’à Haguenau – la plus vaste forêt indivise de plaine du pays, mais aussi les anciens massifs frontaliers comme la forêt du Mundat, ou les micro-forêts relictuelles du Ried.

  • La Forêt de Haguenau: 13 400 hectares, l'une des dix plus grandes forêts de France
  • Mundat Forestière: légendaire terre d’exil, de contrebandiers et de résistance
  • Massif du Bienwald (côté allemand, extensions jusqu’à Lauterbourg): mosaïque de sylves, landes à bruyère, mares cachées
  • Forêt de la Lauter: traits d’union entre plaine et Rhin, zone de transition écologique
  • Harth du Ried: forêts alluviales, inondées et mystérieuses, refuges des espèces les plus rares

Un patrimoine vivant, modelé par les siècles, façonné par le passage des Celtes, Romains, puis des abbés du Moyen Âge jusqu’au bûcheron d’aujourd’hui. Entre troncs centenaires, clairières secrètes et vestiges anciens, c’est un paysage à la fois familier et insondable.

Forêt de Haguenau : le géant alsacien entre légendes et botanique

Impossible de parler des forêts alsaciennes sans évoquer la Forêt de Haguenau. Classée forêt d’Exception® par l’ONF, elle surprend par son étendue (13 400 ha) aussi bien que par sa diversité. C’est ici que les arbres chuchotent aux initiés les épisodes oubliés : forêts profondes, pins sylvestres vénérables, chênes séculaires et futaies d’une rare majesté.

  • Une forêt royale: Elle abrita la chasse des rois, fut domaine impérial et, aujourd’hui, s’ouvre aux curieux via son réseau de sentiers balisés (plus de 200 km !).
  • Des arbres remarquables: Ne manquez pas le Chêne Stundwiller (plus de 400 ans), le Pin Schwarz (doyen de la pinède) ou encore les mares du Gros Chêne, vestiges d’écosystèmes fascinants.
  • Faune discrète: Cerfs en silence, pics noirs, cigognes noires, chauves-souris dans les vieux arbres morts... autant de présences rares (voir Haguenau Nature & Balade).

On frôle le mystique à certains passages : la Source du Pflegersee fascine toujours par ses eaux tourbeuses, autrefois considérées miraculeuses. Les promeneurs racontent parfois avoir entendu, en hiver, des chants de chouettes effraies résonner comme des prières anciennes.

Mundat : friches frontalières et histoires d’espionnage

Au nord de Wissembourg, la forêt du Mundat s’étend sur près de 2 600 ha, enserrant la frontière sur des kilomètres de bois profonds. Si aujourd’hui, elle respire la quiétude, elle fut longtemps terre de tutti quanti : frontière mouvante, repaire de contrebandiers, cache des résistants lors des conflits, et surtout sujet de tractations lors du retour de l’Alsace à la France. Un « no man’s land » qui a forgé des anecdotes aussi rocambolesques qu’inédites (voir La Semaine - Forêt du Mundat).

  • Forêt d’histoires: Un panneau au nord de Climbach rappelle les « passeurs » qui, de nuit, guidaient les fugitifs à travers la forêt jusqu’à la Lauter pour échapper à l’occupant, ou au contraire pour mener des trafics illicites.
  • Les bunkers oubliés: Le promeneur attentif découvrira, sous un tapis de fougères ou dans une lande, un abri bétonné, vestige de la ligne Maginot.
  • Mares et chaos de grès : Étranges dépressions remplies d’eau, tapies de mousse et d’ombres, confèrent à certaines portions un caractère surnaturel.

Localement, il n’est pas rare de croiser le représentant d’une association de sauvegarde du patrimoine partageant une anecdote. Ainsi, Jean-Louis, garde forestier retraité, confie : « La nuit, on entend encore le froissement de bottes et parfois, on devine des pas dans la brume. Mais ce ne sont plus les Douaniers, ce sont les sangliers mais... qui sait ? »

Forêt de la Lauter : au fil de l’eau et des frontières

La forêt de la Lauter borde le Rhin, véritable trait d’union entre la France et l’Allemagne. Ici, l’influence des inondations, des crues et des bras morts du fleuve a façonné des paysages uniques – forêts galeries, clairières inondables, prairies humides où nicherait, selon la rumeur, le dernier couple de cigognes noires du Bas-Rhin.

  • Des sentiers sur pilotis : Entre Mothern et Lauterbourg, certains chemins traversent de véritables forêts « sous-marines » lors des crues printanières.
  • Hêtres tortueux, aulnes et saules – favorisent une sensation de nature sauvage très différente des grandes hêtraies domaniales.
  • Le télégraphe de Chappe : Dans la section d’Altenstadt, les vestiges d’une ancienne station du télégraphe de Chappe rappellent le rôle stratégique de ce corridor depuis la Révolution française (source : Alsace Passion - télégraphe Chappe).

Il n’est pas rare de voir surgir, le matin, une harde de chevreuils paisibles, ou d’apercevoir un martin-pêcheur effleurer la surface d’un bras de la Lauter, donnant aux promeneurs matinaux l’illusion d’avoir basculé dans un autre monde.

Harth du Ried : la forêt qui dort sous l’eau

Moins connue des visiteurs, la Harth du Ried, entre Seltz et la Wantzenau, abrite des écosystèmes confidentiels et essentiels : forêts alluviales, marécages, ripisylves où vivent désormais des loutres, des castors, et toute la cohorte des espèces aimant l’eau. Ici, le sol fluctue, tremble sous le pas, et la végétation rivalise d’ingéniosité pour s’accommoder aux houles des hautes eaux.

  • Patrimoine naturel : Plus de 220 espèces d’oiseaux observées en 2023 (projet Natura 2000, source : Natura 2000 Bas-Rhin).
  • Plantes rares : On y trouve notamment la pulicaire commune, la pédiculaire des marais, etc.
  • Légende locale : Un vieil habitant du Ried confiait encore récemment : « On dit que la forêt, la nuit, s’ouvre sur l’étang secret de la Dame Blanche, mais il faut la lune pleine pour y accéder… »

C’est la forêt du petit matin, du brouillard laiteux, des oiseaux qui crient avant le lever du soleil. Elle reste parmi les coins les plus mystérieux, idéal pour qui aime se perdre au bord de l’eau.

Tableau récapitulatif des principales forêts mystérieuses du nord de l’Alsace

Forêt Superficie Particularités Légendes / Anecdotes
Haguenau 13 400 ha Arbres remarquables, mares, biodiversité Source miraculeuse du Pflegersee, chêne Stundwiller
Mundat 2 600 ha Bunkers, forêts de contrebande, chaos gréseux Passages de résistants, rumeurs de fantômes de douaniers
Lauter 1 700 ha Forêts inondables, oiseaux rares Vestiges du télégraphe Chappe, cigognes noires
Harth du Ried 2 800 ha Forêts alluviales, espèces rares Dame Blanche, légendes de marais habités

Ce que l’on peut réellement découvrir lors d’une promenade “hors sentiers”

  • Des trésors patrimoniaux cachés : blocs de grès sculptés, restes de bornes milliaires romaines, cabanes de charbonniers et vieux ponts de bois.
  • Rencontres animales inattendues : lynx (rare), martres, hermines, et, pour les plus chanceux, traces fraîches de loutres ou castors sur les rives inondables (source : LPO Alsace).
  • Scènes végétales éblouissantes : floraisons de jacinthes sauvages en mars, explosions de champignons étranges à l’automne (clathres rouges, gyromitres, ou encore oreilles de Judas).
  • Vestiges de la Grande Histoire : casemates, structures de la ligne Maginot, mais aussi arbres marqués de mystérieux chiffres ou lettres…
  • Événements saisonniers ponctuels : brame du cerf à Haguenau fin septembre, migration des grues sur la Harth courant novembre, festivals contés dans la clairière de la Lauter en été.

La clé : sortir tôt ou tard, varier les saisons, et surtout… prendre le temps de s’arrêter pour écouter.

Paroles de passionnés : la forêt, un livre ouvert (pour qui sait lire ses signes)

Philippe, botaniste local, glisse souvent ce conseil : « Les plus beaux secrets disparaissent quand on ne sait pas regarder : le lierre séculaire sur les chênes, l’empreinte de sabots dans une vasque d’eau de pluie, l’écorce gravée du “Klofplatz”, ce sont autant de messages des anciens. »

De nombreux collectifs – notamment le Club Vosgien ou les Amis de la Nature de Haguenau – proposent chaque année des sorties à thèmes : randonnées nocturnes à la découverte des sons, marches silencieuses pour “sentir” la forêt ou séances d’initiation à la reconnaissance des plantes sauvages.

Pour aller plus loin : expériences à vivre et lieux à explorer

  • Participez à la “Nuit de la Forêt” en octobre avec animations contées et bivouac encadré (agenda sur Office de tourisme de Haguenau).
  • Testez l’itinérance Vélo-route entre forêt de la Lauter, Mundat et rive du Rhin – 60 km d’échappées en zone boisée.
  • Explorez la forêt de la Sauer à pied ou à cheval : ses îlots de chênes et ses mares temporaires, refuges méconnus de la chouette hulotte.
  • Ne manquez pas le “Parcours des arbres remarquables” à Haguenau.
  • Rencontrez les artistes locaux, souvent inspirés par la forêt, lors des vernissages sur site en été.

Oser la forêt mystérieuse : une invitation à l’éveil

S’aventurer dans les forêts du nord de l’Alsace, c’est accepter de perdre ses repères, mais surtout s’ouvrir à une multitude de perceptions : odeurs de mousse, lumière fragmentée, soupirs des branches et empreintes d’histoires humaines et animales. Ces bois, loin d’être figés, continuent de surprendre ceux qui leur accordent du temps — et un peu d’attention.

Entre vestiges enfouis, écosystèmes rares et mythes persistants, chaque balade devient prétexte à la découverte, et pourquoi pas, à la rencontre. La forêt se découvre bien plus qu’elle ne se visite — elle s’apprivoise et se respecte, pour révéler, à qui sait voir, ses vrais mystères.

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