Seltz : un carrefour du temps, entre palatium mérovingien et ville-frontière
Le vieux Seltz, coeur médiéval visible aujourd’hui encore autour de la place d’Armes et du quartier de l’Abbatiale, conserve la trame de l’antique « Saletio » du temps des Romains. La première mention écrite de la ville, sous le nom « Sectia », remonte à 781. Mais l’histoire retient surtout la présence d’une abbaye royale fondée au Xe siècle par sainte Adélaïde, dont la crypte retient aujourd’hui dans son ombre la mémoire mérovingienne.
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Le quartier de l’abbaye :
Encore aujourd'hui, les rues de l’Abbaye et des Prémontrés serpentent en ellipse autour de l’ancien enclos abbatial. Plusieurs maisons ont gardé des détails médiévaux – arcs brisés, caves voûtées, linteaux gravés. Un habitant passionné raconte : « Mon arrière-grand-père montrait la marque des inondations de 1852 sur la pierre du 6, rue de l’Abbaye. Il disait que cette rue était le cœur vivant, là où on allait au marché, où toute l’histoire du village passait. »
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Le quartier du Rhin :
Plus récent, le faubourg rhénan est né avec l’ouverture de la route impériale Strasbourg-Mainz sous Napoléon, puis l’extension au XIXe siècle liée au développement du transport fluvial. Au nord de la ville, le site industriel du port de Beinheim-Seltz rappelle le dynamisme du commerce rhénan au XXe siècle.
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L’ancien cimetière juif :
L’un des plus anciens d’Alsace, il témoigne d’une présence juive hier importante, aujourd’hui disparue.
La superposition des siècles se ressent jusque dans les noms de rues : « Rue du Couvent », « Rue de la Chapelle », « Rue de la Synagogue ». La ville, peu à peu, s’est étalée hors de ses anciens remparts et fossés, mais le vieux Seltz, avec son abside octogonale et sa place pavée, offre un condensé d’histoire locale et européenne. Un détail souvent ignoré : certaines façades de la place d’Armes ont encore des « battants alsaciens », ces volets massifs qui fermaient hermétiquement contre les flots du Rhin.