Formes, couleurs et matériaux : palette sensorielle d’un habitat rural
Les toitures et tuiles plates : le rythme du ciel alsacien
L’œil, là encore, est frappé par la silhouette des toits : toujours pentus, parfois très accentués (pente de 45° typique), ces toits répondent aussi bien au climat (pluies abondantes, écarts de température) qu’à une tradition esthétique. Les tuiles en terre cuite, dites "biberschwanz" (queue de castor), rappellent l’influence germanique. Selon l’historien Félix Wolff, ces tuiles existent dans la région depuis le début du XIXe siècle (alsace-architecture.fr).
- Certaines toitures à Lauterbourg laissent volontiers remplacer des tuiles par des éléments de récupération : une manière ingénieuse et économe de prolonger la vie des bâtisses.
- Dans les bourgs plus cossus, les faîtières sont parfois décorées de motifs animaliers ou végétaux en céramique vernissée.
Les teintes des murs : entre naturalité et tradition
Loin du blanc éclatant de certains villages touristiques, les maisons du Seltz-Lauterbourg arborent le plus souvent des tons ocres, rosés ou gris-bruns. Ces teintes résultent de l’utilisation d’argiles locales, mélangées à des pigments naturels. Seules quelques bâtisses, datées du début XXe siècle, osent le bleu ou le vert tendre, témoins de périodes d’influence “badoise”.
L’usage de la pierre, rare mais significatif
Si la pierre manque sur ce terroir, elle n’est toutefois jamais absente. On la retrouve, massive, dans les linteaux de porte, les encadrements de fenêtres et, surtout, dans la construction des puits et des églises. Le grès, importé en partie des Vosges du Nord, servait aussi à l’édification des seuils. Certains fermiers, au XIXe siècle, se plaisaient à y graver la date de construction – ou un symbole de chance tel que le trèfle ou la croix de Saint-André.