Marcher sur l’histoire : sens cachés des vieux chemins ruraux
En Alsace du Nord, chaque sentier recèle une mémoire. À première vue, il n’est qu’un chemin bordé par les forêts du Pays de Seltz-Lauterbourg ou serpentant entre des champs où l’on entend parfois, au loin, une cigogne. Mais pour qui sait regarder, ces vieux tracés racontent de grandes scènes humaines, où se mêlent travail agricole, échanges, foi, quête de liberté ou, parfois, exil.
Ces itinéraires encore mentionnés sur les cadastres du XIXe siècle sont aussi appelés « chemins de traverse » ou « Neuwege » dans la bouche des anciens. Leurs usages :
- Conduire les troupeaux (Heimwehweg) jusqu’aux prairies (plus de 80 % des villages possédaient leur “chemin de pâturage” jusqu’aux années 1950 selon l’Inventaire du patrimoine rural du Bas-Rhin).
- Relier les fermes isolées aux places des marchés – la distance moyenne d’un hameau à Seltz ou Lauterbourg était de 4 à 7 km avant l’essor du vélo ou du train.
- Conduire au cimetière : le « Weg zur Begräbnisstätte » (chemin funéraire), que l’on suivait encore en cortège à pied jusque dans les années 1960.
- Reliques des passages religieux, tunnels de pèlerinages vers Mothern ou Neewiller (source : Archives départementales du Bas-Rhin, fonds 8J).
Ces vieux chemins sont porteurs de micro-récits : dans certains villages du secteur de Beinheim, les anciens racontent que le chemin dit « du Vieux lavoir » était aussi la principale route de passage des colporteurs, hébergeant parfois des abris de fortune, dont on trouve encore traces dans la toponymie locale (Steinhütte, Kästle…).