Où voir – vraiment – les vestiges gallo-romains autour de Seltz ?
Le terrain a parlé : si certains vestiges ont été mis à jour lors de grands chantiers (constructions, routes, dragages du Rhin), d’autres restent visibles sur place, éveillant notre imagination face à des témoins parfois discrets mais riches de sens. Focus sur les lieux incontournables pour s’immerger dans la Seltz gallo-romaine et ses environs.
1. Les thermes antiques de Seltz : entre découvertes et hypothèses
C’est sans doute la découverte la plus marquante du village : en 1861 puis lors de travaux en 1938 et dans les années 1970, des ruines ont été repérées à l’arrière de l’église actuelle. Un ensemble thermal datant vraisemblablement du IIe siècle a été partiellement fouillé.
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Ce qui a été mis au jour :
- Sols en béton hydraulique, fragments de murs enduits de stuc, canalisations en céramique pour l’eau chaude (hypocaustes),
- nombreux tessons de tuiles estampillées de la Xe légion Gemina, basée à Strasbourg,
- vestiges d’un hypocauste (chauffage au sol typiquement romain),
- fragments de mosaïques aujourd’hui disparues – selon la tradition orale, certains paysans auraient “recyclé” les pierres colorées pour leurs jardins et murets !
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Anecdote locale : On raconte qu’au XIXe siècle, il arrivait que des enfants de Seltz jouent à côté de la vieille église sur des “pavés ronds comme des galets de rivière”, souvenirs probablement des mosaïques antiques.
Bien que le site ne se visite pas directement (ce qui nourrit le mythe !), certains éléments sont présentés au musée de Seltz et au musée de Haguenau. Les plans et explications sont accessibles sur place à Seltz, au niveau de la place principale.
2. L’ancienne voie romaine : une artère fantôme dans la forêt et les champs
Autoprendre la route D468, c’est suivre, sans même le vouloir, l’ancien Itinéraire de la voie Agrippa reliant Strasbourg à Spire puis Mayence. Les pierres ont disparu, mais la trame demeure. Entre Seltz, Mothern et Lauterbourg, certains tronçons laissent deviner la trace de l’œuvre de Rome :
- alignement régulier et rectiligne de la route départementale,
- zones où le sol se soulève d’un tertre (le “Chemin des Romains” au sud de Mothern),
- fragments de dalles et moellons retrouvés lors de labours ou d’aménagements électriques (témoignages d’habitants et travaux de l’historien local Jean-Pierre Kraemer).
Qui sait, en fouillant les bas-côtés, si un fragment de toit de villa ou une amphore ne sommeille pas à quelques centimètres de la surface ?
3. Les restes du vicus de Seltz et la villa gallo-romaine de Niederrœdern
À quelques kilomètres de Seltz, la villa gallo-romaine de Niederrœdern constitue un témoignage rare d’exploitation rurale antique dans la vallée du Sauer. Découverte lors de fouilles de 1988 à 1995 :
- plusieurs bâtiments agricoles et résidentiels étendus sur plus de 2 hectares,
- vestiges de pressoirs à vin et à huile – preuve d’une intense activité agricole et artisanale,
- fragments de fresques, colonnades, et de céramiques sigillées caractéristiques du IIIe siècle.
Le site, encore en cours d’étude, se visite ponctuellement lors des Journées Européennes du Patrimoine (renseignements : Mairie de Niederrœdern).
À Seltz même, le vicus antique est attesté par les découvertes récurrentes de :
- tombes à incinération (plus d’une trentaine en périphérie du bourg, datées du Ier au IVe siècle),
- pièces de monnaie, fibules (broches),
- éléments de foyers et de fours domestiques.
Ces artefacts, issus notamment des fouilles de 1986 dirigées par la DRAC Alsace, sont répartis entre le musée de Seltz, le musée de Haguenau, et les réserves archéologiques du Bas-Rhin.
4. Pierres remployées et vestiges intégrés au paysage
La présence gallo-romaine se lit aussi à travers le “remploi” des matériaux antiques dans les bâtiments postérieurs. À Seltz et dans les villages voisins :
- nombreuses pierres sculptées ou taillées réutilisées dans les murs d’églises ou de fermes, notamment sur la façade sud de l’église Saint-Étienne à Seltz,
- indices de bornes milliaires (ces prestigieux cylindres de grès numérotant les distances sur la voie romaine), utilisés comme socles ou bornes de champ (source : DRAC Grand Est),
- probables vestiges de sanctuaires, réutilisés en fondations (hypothèse chez certains archéologues).
Cette discrète “recyclerie de l’Histoire” rend l’observation passionnante : chaque pierre ancienne pourrait être le fragment d’un passé impérial.